Un carton rouge en finale du Mondial. Quelle triste sortie ! Mais comme trop souvent au long de sa longue carrière, Zinédine Zidane a craqué. En perdant ses nerfs sur sans doute une énième insulte d'un défenseur. Jusque-là, tout s'était pourtant plutôt bien passé. C'était avant cette triste 110eme minute. Concentré, Zinédine Zidane s'apprête à rentrer pour son dernier match. Une dernière Marseillaise lors d'une finale de Coupe du Monde. Sa finale. Son regard est pur. Ombrageux. Déterminé, il s'était échauffé comme à son habitude, sortant le premier et saluant son public. Celui qui l'a toujours soutenu, même quand la fatigue et les galères madrilènes s'en sont mêlées. Il a écouté l'hymne national collé à Barthez. Sans chanter, comme d'habitude. Puis il a échangé son fanion avec Cannavaro puis donné une grosse accolade à Diamantino De Faria, le fidèle magasinier qui sait si bien préparer les affaires du numéro dix. Le Z comme le surnomme Sylvain Wiltord.
Le premier duel est perdu, la première ouverture pour Malouda mal ajustée. A la 7eme minute, il se saisit du ballon quand Malouda, descendu par l'arrière garde italienne, obtient un penalty. Deux pas d'élan et un coup de folie : une « Panenka ». Cette pichenette inventée par un joueur tchécoslovaque. Sauf que Zidane tire un peu fort et le ballon heurte la barre, passe la ligne de but et ressort. « Ce n'est plus un homme, c'est un Dieu »
Après l'heure de jeu, le Z décline. On ne le trouve plus. Il faut un coup-franc pour le voir faire briller Buffon dans les airs. 80eme minute : Cannavaro le cloue au sol en lui grimpant dessus sans que l'arbitre ne le sanctionne. La clavicule droite le fait souffrir. Inquiétude. Sa 108eme sélection peut-elle s'achever ainsi ? A la 87eme, Zizou appelle le peuple français à soutenir son équipe mais son corner rentrant est dégagé devant la ligne. Pour prolonger le plaisir de voir Zizou sur un terrain : une prolongation. Une dernière occasion pour Ribéry qu'il salue à sa sortie (100eme). Et puis l'incident. Un coup de tête dans le torse de Materazzi. Qui en rajoute des tonnes. Mais le rouge est mérité. « Zidane est devenu un Dieu ? » Peut-être. Mais un Dieu qui n'aura jamais réussi à se débarrasser de ses vieux démons. Jusqu'à la fin. Jusqu'à cette fin ratée. Cette symphonie inachevée. A jamais.
L'histoire ne dit pas encore les mots qu'a prononcés l'Italien. Ils devaient avoir cette sonorité qui déclanche les bagarres dans les quartiers chauds. Là où l'on ne laisse pas passer l'insulte suprême sans la laver. Là où certains mots ont un sens. Interdit. Mais j'arrête là. Je vais commencer à justifier ce geste coupable. Car ce coup de tête là est déplacé et condamnable. Mais pas impardonnable. Donnons aussi du sens aux mots.
Zinédine, nous l'avons déjà pardonné. Parce que si c'est un « dieu » du football, c'est un homme aussi. Qui nous ressemble. Capable lorsqu'il est dépassé par une émotion de faire une belle connerie. Je laisse ceux qui n'en ont jamais fait lui jeter les pierres et je pense simplement à sa tristesse. A sa sortie ratée. En me persuadant que, quand les images du geste coupable auront fini de faire le tour de la planète, on pourra ne se souvenir que des bons moments. Il y en a eu tellement...